Размышляя о «Благоволительницах»

В посвящённой "родственникам" Николая Ставрогина статье Вадим Парсамов сравнивает героя Достоевского с Мартином фон Эссенбеком из "Гибели богов" Лукино Висконти и Максимилианом Ауэ - главным героем романа Джонатана Литтелла "Благоволительницы". Роман Фёдора Достоевского оказал значительное влияние на произведение Висконти, а наиболее заметной параллелью является практически дословная сцена совращения девочки, но Мартин предстаёт всё же куда более ужасающим героем, чем Ставрогин. Вдохновлённый Петром Верховенским Ашенбах также заходит дальше своего прототипа: подстрекание каждого из Эссенбеков к борьбе за власть и взаимной ненависти используется в интересах Национал-социалистической партии и завершается полным разрушением семьи.

Как и Мартин фон Эссенбек, Максимилиан Ауэ - "потомок" Ставрогина, будучи не только "рождённым" позже, но и в сущности являясь героем новой эпохи. Ставрогин размышляет о возможности раскаяния; Ауэ же находится "по ту сторону добра и зла": он холодно оценивает собственные действия и рассуждает о вероятном возмездии - Благоволительницах. В одном из эпизодов Ауэ, размышляя о разговоре с работающим в Собиборе человеком, почти цитирует Ницше: "On a beaucoup parlé, après la guerre, pour essayer d'expliquer ce qui s'était passé, de l'inhumain. Mais l'inhumain, excusez-moi, cela n'existe pas. Il n'y a que de l'humain et encore de l'humain...". Чрезмерная откровенность Ауэ в описании собственных чувств и мыслей ошеломляет и ужасает: погружение во внутренний мир становится возможным благодаря тому, что роман написан от первого лица.

Перед отъездом из губернского города Николай Ставрогин прилюдно хватает за нос и протаскивает за собой Павла Гагарина после фразы последнего "Нет-с, меня не проведут за нос!". Похожая сцена есть и в "Благоволительницах": во время награждения Максимилиан Ауэ хватает двумя пальцами Адольфа Гитлера за нос и трясёт его голову:

"Au fur et à mesure que le Führer se rapprochait de moi – j'étais presque en bout de ligne – mon attention se fixait sur son nez. Je n'avais jamais remarqué à quel point ce nez était large et mal proportionné. De profil, la petite moustache distrayait moins l'attention et cela se voyait plus clairement: il avait une base épaisse et des ailes plates, une petite cassure de l'arête en relevait le bout; c'était clairement un nez slave ou bohémien, presque mongolo-ostique. Je ne sais pas pourquoi ce détail me fascinait, je trouvais cela presque scandaleux. Le Führer se rapprochait et je continuais à l'observer. Puis il fut devant moi. Je constatai avec étonnement que sa casquette m'arrivait à peine au niveau des yeux; et pourtant je ne suis pas grand. Il marmottait son compliment et cherchait la médaille à tâtons. Son haleine acre, fétide, acheva de me vexer: c'était vraiment trop à supporter. Avec un petit sourire sévère je tendis la main et lui pinçai le nez entre deux doigts repliés, lui secouant doucement la tête, comme on fait à un enfant qui s'est mal conduit. Aujourd'hui encore je serais incapable de vous dire pourquoi j'ai fait cela: je n'ai simplement pas pu me retenir".

Николай Ставрогин "неожиданно, но крепко ухватил его за нос двумя пальцами и успел протянуть за собою по зале два-три шага. Злобы он не мог иметь никакой на господина Гаганова". Ауэ тоже не имеет злобы на фюрера, он и сам не может объяснить причин такого странного и самоубийственного поступка.

Кстати, в русском переводе Максимилиан почему-то кусает Гитлера: "Его тошнотворное, смрадное дыхание меня доконало, чаша моего терпения переполнилась. Я наклонился и укусил фюрера сильно, до крови, за его нос-картошку". Может, переводчикам захотелось провести параллель с кусанием Ставрогиным уха губернатора?

Сергей Зенкин отметил влияние языка кино на произведение Литтела: возникающие на протяжении романа образы действительно производят яркое впечатление своей кинематографичностью, например:

"Je poussai la porte des escaliers de secours et montai en courant. Au dernier étage, l'escalier s'ouvrait sur un couloir qui donnait sur la belle salle de réception précédant le bureau de Mandelbrod. Deux des amazones se tenaient assises là, l'une sur le divan, l'autre dans un fauteuil, leurs têtes penchées de côté ou en arrière, les yeux grands ouverts, un mince filet de sang coulant de leurs tempes et des commissures de leurs lèvres; à la main, chacune tenait un petit pistolet automatique à poignée nacrée. Une troisième fille gisait en travers de la double porte capitonnée. Glacé d'horreur, j'allai les regarder de près, j'approchai mon visage des leurs, sans les toucher. Elles étaient parfaitement mises, les cheveux tirés en arrière, du gloss transparent faisait briller leurs lèvres pleines, le mascara dessinait encore une couronne de longs cils noirs autour de leurs yeux vides, leurs ongles, sur la crosse des pistolets, étaient soigneusement taillés et laqués. Aucun souffle ne soulevait leurs poitrines sous les tailleurs repassés. J'avais beau scruter leurs jolis visages, j'étais incapable de les distinguer l'une de l'autre, de reconnaître Hilde de Helga ou de Hedwig; pourtant, ce n'étaient pas des jumelles. J'enjambai celle qui était couchée en travers de la porte et entrai dans le bureau. Trois autres filles reposaient mortes sur le canapé et la moquette; Mandelbrod et Leland se tenaient tout au fond, devant la grande baie vitrée fracassée, auprès d'une montagne de valises et de malles en cuir. Dehors, derrière eux, un incendie rugissait, ils ne prêtaient aucune attention aux volutes de fumée qui envahissaient la pièce".

Ещё одна запоминающаяся сцена, вероятно, написана под впечатлением от теракта на Дубровке:

"Arrivé au foyer, je ne sortis pas rejoindre Ivan mais montai le grand escalier vers la salle du théâtre. C'avait dû être une belle salle, avec des balcons et des fauteuils en velours; maintenant, le plafond, défoncé par les obus, s'était presque entièrement effondré, le lustre était venu s'écraser au milieu des sièges, une épaisse couche de gravats et de neige les recouvrait. Pris de curiosité, mais aussi peut-être de la peur subite de ressortir, je montai explorer les étages. Ici aussi, on s'était battu: on avait percé les murs pour ménager des positions de tir, des douilles, des boîtes de munitions vides jonchaient les couloirs; sur un balcon, deux cadavres russes, que personne ne s'était fatigué à descendre, restaient affalés sur des fauteuils, comme s'ils attendaient le début d'une pièce sans cesse remise. Par une porte défoncée au fond d'un couloir, j'accédai à une passerelle surplombant la scène: la plupart des lumignons et des machines à décor étaient tombés, mais certains demeuraient encore en place. Je parvins aux combles: là où plus bas s'ouvrait la salle, ce n'était qu'un vide béant, mais au-dessus de la scène le plancher restait intact, et le toit, percé de partout, reposait encore sur son enchevêtrement de poutres. Je risquai un œil par un des trous: je voyais des ruines noircies, de la fumée montait en plusieurs endroits; un peu au nord, un assaut violent était en cours, et derrière, j'entendais le gémissement caractéristique de Sturmovik invisibles. Je cherchai la Volga, que j'aurais souhaité voir au moins une fois, mais elle restait cachée derrière les ruines; ce théâtre n'était pas assez haut".

В одном из эпизодов романа Максимилиан Ауэ рассказывает о постановке трагедии Софокла "Электра", в которой Ауэ играл главную роль. Параллель с мифом об Пелопидах прослеживается на протяжении всего романа: после пропажи отца Максимилиана и его сестры Уны их мать выходит замуж во второй раз. Мать и отчим - главные предметы ненависти Максимилиана - погибают от его руки. Кроме своей сестры Ауэ, кажется, любит лишь своего друга Томаса, исполняющим роль Пилада, но в финале романа Максимилиан убивает его и забирает его деньги и документы, благодаря чему получает возможность избежать наказания. Убив Томаса, Ауэ лишается и сестры: новая жизнь под французским паспортом не предполагает общения со старыми знакомыми. Понимая это, Максимилиан констатирует своё одиночество:

"J'étais triste, mais sans trop savoir pourquoi. Je ressentais d'un coup tout le poids du passé, de la douleur de la vie et de la mémoire inaltérable, je restais seul avec l'hippopotame agonisant, quelques autruches et les cadavres, seul avec le temps et la tristesse et la peine du souvenir, la cruauté de mon existence et de ma mort encore à venir. Les Bienveillantes avaient retrouvé ma trace".